Who killed Davey Moore ?

Je me rappelle avoir étudié cette chanson en cours d’anglais de seconde. Les jeunes y perdront peut-être un peu, quand Justin Bieber sera au programme. Dans tous les cas, qu’un artiste comme Bob Dylan embrasse le thème de la boxe anglaise – il le fit aussi avec « Hurricane »- montre l’ancrage de celle-ci dans la culture populaire américaine. Et, comme souvent, il pose les bonnes questions.

Who Killed Davey Moore,
Why an what’s the reason for?

Not i, says the referee,
Dont point your finger at me.
I couldve stopped it in the eighth
An maybe kept him from his fate,
But the crowd wouldve booed, Im sure,
At not gettin their moneys worth.
Its too bad he had to go,
But there was a pressure on me too, you know.
It wasnt me that made him fall.
No, you cant blame me at all.

Who Killed Davey Moore,
Why an whats the reason for?

Not us, says the angry crowd,
Whose screams filled the arena loud.
Its too bad he died that night
But we just like to see a fight.
We didnt mean for him t meet his death,
We just meant to see some sweat,
There aint nothing wrong in that.
It wasnt us that made him fall.
No, you cant blame us at all.

Who Killed Davey Moore,
Why an what’s the reason for?

Not me, says his manager,
Puffing on a big cigar.
Its hard to say, its hard to tell,
I always thought that he was well.
Its too bad for his wife an kids hes dead,
But if he was sick, he shouldve said.
It wasnt me that made him fall.
No, you cant blame me at all.

Who Killed Davey Moore,
Why an whats the reason for?

Not me, says the gambling man,
With his ticket stub still in his hand.
It wasnt me that knocked him down,
My hands never touched him none.
I didnt commit no ugly sin,
Anyway, I put money on him to win.
It wasnt me that made him fall.
No, you cant blame me at all.

Who Killed Davey Moore,
Why an what’s the reason for?

Not me, says the boxing writer,
Pounding print on his old typewriter,
Sayin’, « Boxing ain’t to blame,
There’s just as much danger in a football game. »
Sayin’, « Fist fighting is here to stay,
It’s just the old American way.
It wasn’t me that made him fall.
No, you can’t blame me at all. »

Not me, says the man whose fists
Laid him low in a cloud of mist
Who came here from Cuba’s door
Where boxing ain’t allowed no more
« I hit him, yes, it’s true
But that’s what I am paid to do
Don’t say ‘murder,’ don’t say ‘kill’
It was destiny, it was God’s will »

Who killed Davey Moore
Why an’ what’s the reason for? »

La chanson raconte l’histoire d’un champion populaire et pas manchot surnommé « The Springfield Rifle », au sommet des poids plumes depuis plusieurs années et au meilleur de ses capacités, qui a de plus en plus de mal à descendre à 126 livres et doit arriver à la pesée complètement déshydraté pour son prochain combat.

Il boxe en mars 1963 dans la plus grande réunion jamais montée à Los Angeles, 3 championnats du monde au programme, alors il doit vraiment faire le faire, ce poids. Son adversaire est Sugar Ramos, un jeune cubain pas manchot non plus.

Le combat commence doucement, et monte progressivement en régime. Les deux hommes ont leurs moments. Il devient progressivement une guerre totale. Au 10eme round, Moore n’est pas au mieux. Le cubain lui fait mettre un genou à terre mais il se reprend aussitôt, sans break ni comptage de l’arbitre. Il remange. Il retombe. Son cou heurte une corde. Il se relève. Il tient jusqu’à la cloche. Puis il abandonne. Et participe à la conférence de presse. Amoché, mais pas tant que ça, juste un oeil tout rouge.

Et puis il tombe dans le coma, et meurt 2 jours après. La polémique qui s’ensuit est d’autant plus énorme que Moore était un champion aimé des foules. On veut interdire la boxe en Californie, voire aux Etats-Unis. Et puis finalement, non.

Qu’ajouter à ce que dit Dylan, dont le réalisme cru frappe du début à la fin ? Que la déshydratation d’un boxeur qui a du mal à faire le poids est un facteur de risque aggravant, parce qu’elle fragilise le métabolisme, ce qui s’est vérifié à plusieurs reprises (c’est ce qui a rendu Gerald McClellan handicapé à vie) et a poussé au décalage de la pesée à la veille des combats. Et que Davey Moore n’a pas eu de bol, parce que son autopsie a montré que l’hémorragie interne qui l’a tué a été causée par le choc avec une corde du ring, et pas directement par un coup.

Reste que c’est bien la faute de l’arbitre, du public, des médias, et de l’adversaire tous ensemble. Et de Moore lui-même, qui s’est mis en danger pour faire le poids et n’a pas voulu être compté quand il a mis un genou à terre la première fois, ni arrêter après le knockdown.

Ce genre de drame est inévitable à partir du moment où l’on autorise des hommes à gagner leur vie en s’infligeant des chocs répétés à la tête pendant plusieurs années. Il est impossible de prétendre le contraire, quelles que soient les précautions prises (et il y en a beaucoup). C’est un tribut que nous devons choisir de payer ou non au spectacle total et à la soupape sociale que sont les sports populaires et violents. Mon choix à moi est fait, parce que la boxe anglaise est le plus exigeant, le plus inspirant et le plus beau des sports.

J’ajoute qu’en proportion les morts accidentelles y sont infiniment moins fréquentes qu’en Formule 1. J’ajoute aussi que mon argument est d’une tartufferie sans bornes, parce que si les morts restent extrêmement rares en boxe anglaise, les maladies neurodégénératives précoces le sont beaucoup moins. Tant pis. J’ai tué le prochain Davey Moore. Et le pire, c’est que j’assumerai jusqu’à ce que plus personne n’accepte que le monde soit infoutu de tourner sans tous ceux qui meurent trop mal ou trop tôt.

N.B. : le Davey Moore dont on parle ici boxait dans les années 50-60, et n’a rien à voir avec le Davey Moore battu par Roberto Duran pour le titre des super welters, puis par Louis Acariès dans les années 80. Ce dernier est aussi mort jeune, tué par sa propre voiture dont il avait mal serré le frein à main. Il y a des noms prédestinés.

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