Vaya con Dios, Junito

L’Histoire retiendra que le grand Miguel Cotto aura bouclé sa carrière professionnelle sur une sixième défaite en quarante sept combats, bien qu’il fût donné largement favori face à l’américain Saddam Ali, perdant ainsi sa ceinture WBO des super-welters. Un combat qu’il aura disputé de la seule façon qu’on lui connût : comme un lion, alors qu’il se déchira un tendon du biceps gauche en plein affrontement, ses hommes de coin – qu’il ne prévint pas sur le moment – concédant après coup ne pas savoir comment il put continuer, ainsi blessé, jusqu’au terme des 12 reprises.

Cotto est le prototype du champion populaire, un bosseur à l’ancienne très apprécié des vrais fans de son sport, et plus que tout au sein de la communauté portoricaine. Il put compter sur elle pour remplir le Madison Square Garden un nombre record de fois. Le tatoué au regard de tueur, connu pour son jab d’école et son redoutable crochet gauche, donné au menton ou au corps, a toujours été un modèle de professionalisme, contrairement à tant de champions de son île. Il fut aussi un tacticien sous-estimé, capable de boxer efficacement de loin ou à mi-distance, comme dans le clinch. L’attitude réservée et respectueuse du champion borricua tranchait singulièrement avec son look de gangster latino patenté. Tout juste put-on lui reprocher certaines bouderies après les défaites par décision qu’il jugea injustes.

Choyé par les promoteurs en tant que star portoricaine en devenir, Cotto conquit en 2004 sa première ceinture mondiale en super-légers, qu’il défendit victorieusement contre l’énorme puncheur Randall Bailey et le solide Demarcus Corley. Son premier combat de légende fut un duel d’invaincus hyperspactaculaire livré au colombien Ricardo Torres, qui finit KO après avoir envoyé au tapis et sérieusement ébranlé son adversaire. Miguel Cotto avait pour habitude d’être touché durement en début de combat, comme s’il en avait eu besoin pour véritablement lancer la machine.

Il défendit à nouveau son titre WBO en triomphant des autres invaincus Paulie Malignaggi et Carlos Quintana, en remportant face à ce dernier un titre en poids welters, avant d’enchaîner trois succès qui le firent changer de statut : le démantèlement méthodique de Zab Judah, une victoire très tactique par décision contre Shane Mosley, et l’équarissage du solide mexicain Alfonso Gomez.

Voici un highlight de son combat contre Judah :

Sa première défaite donna lieu à une terrible controverse, puisqu’il fut lentement usé puis arrêté au 10eme round par le croquemitaine mexicain au menton d’acier Antonio Margarito, avant que celui-ci fût convaincu de tricherie pour avoir ajouté du plâtre à ses bandages lors de sa sortie suivante. Un épisode sulfureux de plus dans la rivalité pugilistique entre Mexique et Puerto Rico. Il est permis de penser que Cotto laissa une partie de ses moyens physique dans cette guerre-là.

Cotto rebondit en récupérant le titre vacant des welters WBO qu’il conserva par décision controversée face au ghanéen Joshua Clottey, coupable sur ce coup-là d’un peu trop d’attentisme pour pleinement convaincre les juges, avant d’être défié par la superstar philippine Manny Pacquiao pour un superfight au MGM Grand de Las Vegas. Au sommet de son art, Pacquiao emporta son septième titre mondial en mettant Cotto KO au 12eme round. Le portoricain avait rendu coup pour coup lors de 4 premières reprises de folie, avant que 2 knockdowns le contraignissent à lutter pour sa survie. Peut-être la plus grande victoire de Pacman.

‘Junito’ choisit alors de monter en poids, et emporta face au newyorkais invaincu Yuri Foreman la ceinture WBA des super welters devant 20000 spectateurs dans le nouveau Yankee Stadium. Il dégomma le chambreur / bagarreur / clopeur nicaraguayen Ricardo Mayorga, puis obtint une revanche contre le maudit Antonio Margarito, de retour d’une suspension ainsi que d’une effrayante correction subie des mains de Manny Pacquiao, dans son jardin du Madison Square Garden. D’une physionomie semblable à celle de la première rencontre, le combat vit Cotto gagner round après round avant de s’émousser physiquement. Il avait pu, heureusement pour lui, raviver la grave blessure à l’oeil infligée par Pacquiao au mexicain, qui dut abandonner sur avis médical.

Cotto livra ensuite un match remarquable à Floyd Mayweather, s’inclinant par décision face à un ‘Money’ qui accepta l’épreuve de force et le combat de près. Certainement l’une des sorties les plus excitantes de Mayweather, réputé pour sa propension à gérer ses combats en apothicaire.

Le portoricain connut alors une défaite moins honorable en s’inclinant aux points face à l’outsider américain Austin Trout en décembre 2012, suscitant de légitimes questions sur son avenir. Il fit mentir ses détracteurs de la façon la plus éclatante qui soit en choisissant de monter défier le champion linéal des moyens, le gaucher argentin Sergio Martinez. Ce dernier, certes vieillissant, partait favori compte tenu de sa puissance et de son expérience à 160 livres. Affûté comme une lame, Cotto scora 3 knockdowns dès le premier round et pourchassa impitoyablement Martinez aux quatre coins du ring pendant les 9 suivants, contraignant l’arbitre à arrêter le massacre.

L’australien Daniel Geale fut avalé en 3 rounds tel un zakouski, avant le dernier superfight de la carrière de Cotto, le 21 novembre 2015 : une nouvelle affiche opposant le Mexique à Puerto Rico, dont le challenger ne fut rien moins que Saul ‘Canelo’ Alvarez. Si le jeune mexicain fit prévaloir une précision et un punch supérieurs en s’imposant par décision unanime (un peu trop large à mon goût…), le vieux guerrier lui donna une superbe réplique, choisissant de tourner et se désaxer sans cesse, et se montrant plus actif que Canelo. Un excellent combat.

Longtemps incertain sur son avenir, le vétéran regagna finalement un titre mondial en super welters face au courageux sac de frappe japonais Yoshihiro Kamegai en août dernier. Un titre qu’il perdit donc hier soir contre le convenable mais prévisible Saddam Ali pour sa dernière sortie professionnelle. Miguel Cotto sera, à n’en pas douter, intronisé à l’International Boxing Hall of Fame. Mais son principal titre de gloire restera sans doute d’avoir rejoint les Tito Trinidad, Wilfried Benitez, Sixto Escobar, Carlos Ortiz, Wilfredo Gomez, Hector Camacho et Edwin Rosario au firmament de la richissime histoire de la boxe portoricaine. Laquelle manque cruellement aujourd’hui d’une figure de talent et de charisme comparables.

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