Trophées 2017 : parce qu’on ne va pas se quitter comme ça…

Il faut avoir supporté son lot d’années médiocres, et les incessantes rengaines sur la mort de la boxe à l’avenant, pour mesurer à quel point 2017 fut un millésime exceptionnel. Ce qui vaut bien, grande première dans l’histoire de ce blog, une remise de trophées en bonne et due forme.

Boxeur de l’année

1 Srisaket Sor Rungvisai
2 Vasyl Lomachenko
3 Anthony Joshua

A tout seigneur, tout honeur, et le seigneur de l’année pèse 115 livres la veille de ses combats. Le bilan 2017 de Srisaket Sor Rungvisai est insurpassable. Méconnu entre tous les champions de la catégorie sous-estimée des super-mouches, le thaïlandais a connu la misère et attendu ses 31 ans, un âge canonique à ce poids, pour battre à deux reprises celui qui fut largement considéré comme LE successeur de Floyd Mayweather Jr au sommet du classement « pound for pound », le nicaraguayen invaincu Roman ‘Chocolatito’ Gonzalez. Leur première confrontation de mars dernier fut un combat serré et remarquable, dont j’avais dit ici-même que la décision aurait pu (dû) revenir au champion en titre, tout en saluant la performance admirable de Sor Rungvisai. Le monde entier avait alors découvert la puissance et la résilience de ce gaucher longiligne, capable d’envoyer Gonzalez au tapis d’entrée de jeu et de dominer les premiers rounds, avant de resister jusqu’au bout au retour sublime de son adversaire… en parant certes beaucoup de coups avec sa tête.

Ce premier résultat avait confirmé que Gonzalez était à la fois petit pour un super-mouche, et plutôt émoussé physiquement. Reste que beaucoup imaginaient qu’il procéderait aux ajustements nécessaires et prendrait sa revanche en septembre. C’est là que Sor Rungvisai prouva sa vraie grandeur : désormais capable de s’entraîner dans des conditions optimales, il se présenta aussi serein que ‘Chocolatito’ semblait anxieux, puis imposa d’emblée sa force et une précision encore améliorée. La démonstration fut implacable et glaçante : Gonzalez, mis à terre au 4eme round, repartit bravement à l’assaut pour être de nouveau cueilli par un terrible crochet du droit, cette fois définitif. La boxe anglaise s’est trouvé un nouveau patron, fût-il improbable, et son combat du 24 février prochain face au mexicain Juan Francisco Estrada promet énormément.

Deuxième de ce classement, l’ukrainien Vasyl Lomachenko a lui aussi déboulonné une légende en la personne de Guillermo Rigondeaux. Longtemps attendu, ce combat entre doubles champions olympiques a déçu, reléguant un ‘Chacal’ vieillissant et trop petit pour les super-plumes à la triste condition de quatrième (!) adversaire de rang de ‘Hi-tech’ contraint à l’abandon. Nul ne sait si Rigondeaux accédera un jour au Hall of Fame, mais il est d’ores et déjà candidat au trophée de la pire gestion de carrière de l’histoire de la boxe. Sur la troisième marche du podium, Anthony Joshua bénéficie par rapport aux méritants André Ward, Leo Santa Cruz, Terence Crawford ou Alexandr Usyk du prestige des poids lourds, dont il a remporté le premier superfight à la hauteur des attentes depuis au moins l’année 2003.

Combat de l’année

1 Srisaket Sor Rungvisai vs Roman Gonzalez 1
2 Anthony Joshua vs Wladimir Klitschko
3 Gennady Golovkin vs Saul Alvarez

Difficile de départager les deux premiers de ce classement. La confrontation initiale entre Sor Rungvisai et Gonzalez offrit presque tous les ingrédients d’un combat de légende : un rythme effréné, un knockdown inattendu, des retournements de situation, un effort surhumain des deux protagonistes, et assez de sang pour ajouter au drame. En définitive, la seule chose qui manqua aux deux hommes fut de peser deux fois plus de kilos sur la balance, sachant que la catégorie des poids lourds décuple les émotions de l’amateur de boxe. Joshua vs Klitschko, pour sa puissance symbolique – un passage de témoin entre deux générations -, la classe de ces parfaits gentlemen dans la préparation comme dans l’après-combat, et son scénario ébouriffant, puisque les deux mastars se rendirent la politesse d’une expédition au tapis, aura marqué les esprits du plus grand nombre. Le combat connut malgré tout quelques temps faibles, ce qu’on ne reprochera pas à ces deux beaux poulets de 110 kg chacun, et c’est pour le rythme endiablé de Sor Rungvisai vs Gonzalez 1 qu’il remporte ici la décision du juge impartial.

Il faut aussi rendre grâce à Golovkin vs Alvarez, un combat moins dramatique que les deux premiers nommés, mais dont l’immense mérite fut d’être à la hauteur des attentes qu’il suscita. On reviendra sur la polémique née du pointage de la juge Adelaide Byrd, mais un score nul semble juste, tant les deux boxeurs eurent chacun leurs moments et surent faire usage de leurs atouts spécifiques, sans prendre pour autant d’avantage décisif.

Fait suprenant, aucun des protagonistes de ces trois superbes affiches n’est américain.

KO de l’année

1 David Benavidez vs Rogelio Medina
2 Srisaket Sor Rungvisai vs Roman Gonzalez 2
3 David Lemieux vs Curtis Stevens

Trois styles de beauté se partagent ici le haut du classement. A la première place, le jeune prodige des super-moyens David Benavidez mit fin à son duel contre Rogelio Medina sur un enchaînement d’une vitesse et d’une limpidité exemplaires.

Sur la deuxième marche, on trouve la conclusion de la revanche entre Sor Rungvisai et Gonzalez. Elle est terrible à double titre : c’est un KO brutal, et qui met un terme définitif au règne d’un très grand champion.

Enfin, il faut aussi rendre hommage aux boxeurs que le Créateur a doté d’une praline titanesque à défaut de virtuosité pugilistique. C’est le cas du québecois David Lemieux, dont l’infortuné Curtis Stevens expérimenta l’efficacité de Desert Eagle quand sa cible est statique. Aïe.

Evénement de l’année

1 « Joshua vs Klitschko » à Wembley
2 « Superfly » à Carson
3 « Mayweather vs McGregor » à Las Vegas

Oui, j’ai pu asssiter à Joshua vs Klitschko, mais cette grande chance n’entame pas mon impartialité – j’ai aussi vu Yoka 2, qui ne figure certes pas dans ce classement, hihihi. Cette soirée d’anthologie, dans un Wembley plein à craquer et épargné par la pluie, fera date. Une ambiance indescriptible, saturée de chants et de bière, une mise en scène à base de pyrotechnie digne d’un Rocky IV, et un combat vedette directement catapulté parmi les grands chocs de poids lourds de l’Histoire, voilà qui vaut à l’agaçant promoteur Eddie Hearn des félicitations méritées.

D’autres félicitations sont de mise pour saluer la chaîne HBO et ses partenaires, qui prirent le risque de monter une soirée en septembre exclusivement consacrée à la peu médiatique catégorie des super-mouches, vrai rêve de hardcore fan compte tenu de son niveau stratospérique du moment. J’ai déjà évoqué Sor Rungvisai vs Gonzalez 2. Au cours du même événement, le monstrueux japonais Noya Inoue démantela un Antonio Nieves mort de trouille (à juste titre), tandis que Juan Francisco Estrada et Carlos Cuadras se livrèrent à une remarquable empoignade 12 rounds durant.

Quant à la troisième place… Les faits sont têtus : Mayweather vs McGregor était indéniablement une platalonnade, mais elle a rempli ses objectifs. Pas loin d’un record historique de ventes en pay per view, et un écho médiatique qui dépassa largement le public habituel du live in Las Vegas. Bref, une sorte d’anti – Superfly.

Performance de l’année

1 Badou Jack vs Nathan Cleverly
2 Leo Santa Cruz vs Carl Frampton
3 Vasyl Lomachenko vs Guillermo Rigondeaux

L’intérêt principal de Mayweather vs McGregor fut justement de proposer en sous-carte l’un des meilleurs poulains de Mayweather Promotions, le suédois Badou Jack. Après un nul frustrant en début d’année contre James DeGale, il avait décidé de monter en poids mi-lourds. L’expérimenté Nathan Cleverly, bien que limité en punch comme en technique, constituait sur le papier un premier test délicat à 175 livres. C’était sans compter sur l’excellente préparation physique et tactique de Jack, qui livra une prestation flamboyante, vaporisant Cleverly en 4 rounds. Le rythme imposé par Jack, la précision diabolique de ses enchaînements, l’alternance incessante entre corps et face usèrent prématurément l’anglais, qui annonça d’ailleurs sa retraite dans la foulée. Badou Jack a l’immense mérite de s’améliorer à chaque sortie. A 34 ans, on suivra avec intérêt son parcours en mi-lourds, alors qu’on l’annonce déjà face au puncheur canadien Adonis Stevenson pour l’unification des titres WBA et WBC.

Sur le ring, Leo Santa Cruz a la grinta et le style des grands guerriers mexicains, à défaut d’un punch surnaturel. Reste qu’il trouva son maître en juillet 2016 face à Carl Frampton. Le nord irlandais sut ralentir Santa Cruz et imposer ses contres précis. Le combat fut âpre et disputé, mais Frampton méritait clairement la décision qu’il obtint. On pouvait alors douter de la capacité de Santa Cruz à digérer cette première défaite en carrière. Or, lors de la revanche du 28 janvier dernier, le mexicain montra une impressionnante capacité de remise en question : il avait visiblement fait ses devoirs, et une précision en nette hausse, combinée à son activité et son agressivité habituelles, firent pencher la balace de son côté. Ce fut cette fois la première défaite de Frampton… gageons que ces deux-là se retrouveront pour la belle.

On a parlé plus haut de Vasyl Lomachenko. Quoi que l’on puisse dire – à raison – sur son net avantage de fraîcheur et de taille face à Rigondeaux, il réalisa le 9 décembre dernier ce que l’on jugeait impossible : faire passer le maestro cubain pour un lapin dans la lumière des phares, dépourvu de la moindre solution sur le ring au point de saisir le prétexte douteux d’un bobo à la mimine pour abandonner à la mi-combat.

Lot de consolation de l’année

1 Danny Jacobs
2 Roman Gonzalez
3 Miguel Cotto et David Haye

Parce que certains vaincus de l’année eurent fière allure, certaines mentions s’imposent.

Respect à Danny Jacobs pour avoit fait passer une bien mauvaise soirée de janvier à Gennady Golovkin, au point que l’auteur de ces lignes lui aurait accordé la décision. Jacobs sut neutraliser progressivement la terrible droite du kazakh, et imposer son allonge comme son aisance dans les enchaînements. Il permit à ‘GGG’ de faire admirer la solidité de son menton. Une « défaite » qui fera hésiter nombre d’adversaires potentiels en poids moyens ou au-dessus, ce dont le « Miracle man » a hélas l’habitude.

Hommage à Roman Gonzalez pour sa performance pleine de courage lors de sa première sortie face à Sor Rungvisai, le même soir que Golovkin vs Jacobs.

Et gloire à deux anciens, qui durèrent sur le ring bien plus longtemps que ne l’auraient laissé imaginer de graves blessures. Miguel Cotto perdit certes par décision contre Saddam Ali son titre des super-welters WBO ainsi que le dernier combat de sa carrière, mais son biceps gauche s’était enroulé comme une capote de 2CV aux deux tiers du combat. Et David Haye s’inclina certes contre le moins costaud Tony Bellew, mais survécut de longues minutes après une rupture du tendon d’Achille.

Surprise de l’année

1 Caleb Truax vs James Degale
2 Jeff Horn vs Manny Pacquiao
3 Srisaket Sor Rungvisai vs Roman Gonzalez 1

L’année pugilistique 2017 fut riche à tout point de vue, y compris en surprises. Là encore, le choix est épineux. En troisième position, difficile de ne pas faire une nouvelle allusion à l’exploit inattendu de Srisaket Sor Rungvisai face au numéro 1 toutes catégories confondues. La deuxième place est occupée par l’inattendue défaite aux points de Manny Pacquiao contre l’autralien Jeff Horn. Certes le philippin ne s’inclina que de très peu, et ses partisans furent nombreux à crier au scandale. Mais contre un adversaire bien frustre techniquement, et dont le principal atout fut la propension à provoquer des accrochages et fatiguer ‘Pacman’ à force de séquences de lutte gréco-romaine, force fut de constater que ce dernier faisait son âge. Hormis une embellie au 9eme round, où il fut bien proche d’abréger les débats, Manny sembla sans rythme ni idées et singulièrement dépourvu de jeu de jambes, dans une catégorie où depuis bien longtemps son punch ne fait plus la différence. C’est la seconde fois, après sa surprenante défaite contre Tim Bradley, que le niveau du philippin baisse d’un bon cran. Il est grand temps de raccrocher pour de bon, au risque de récolter un statut de gatekeeper indigne de son palmarès de géant.

Mais la plus authentique suprise de l’année nous vint d’Angleterre, où le champion IBF des super-moyens James DeGale ne profita pas bien longtemps de son nul généreux obtenu face à Badou Jack. Il fut surclassé dans son propre fief par le modeste journeyman vétéran Caleb Truax, jusque là nettement battu par chaque adversaire de niveau mondial (Anthony Durrell, Jermain Taylor et Danny Jacobs). Donné à moins de 40/1 – le genre de cote qu’avait Buster Douglas avant d’affronter Mike Tyson -, le challenger fit prévaloir une aggressivité supérieure contre un DeGale étrangement apathique. Soit l’anglais, valeure sûre de la catégorie tout au long des années 2010, connaît le genre de déclin accéléré qu’on observe parfois dans ce sport, soit il se prépara par-dessous la jambe et en paya le prix. Toujours est-il que le 114-114 donné par l’un des juges est profondément injuste pour l’improbable Caleb Truax, qui domina le combat de la tête et des épaules. Le Cinderella man de 2017, c’est bien lui.

Consternation de l’année

1 Le 118-110 d’Adelaide Byrd
2 Luis Ortiz et la WBC
3 Alexandr Povetkin, la WBA et la WBO

Pour la bonne bouche, rappelons que même une grande année de boxe ne saurait être exemple de toutes sortes de scandales. Le prix du portnawak 2017 revient donc à la juge Adelaide Byrd, qui gratifia ‘Canelo’ Alvarez d’un pointage de 118-110 contre Gennady Golovkin. Certes, le mexicain bénéficie souvent des largesses d’au moins un juge (comme on le rappelait ici-même avant le combat), ce qui dit à quel point l’influence de son promoteur Oscar de la Hoya reste importante. Mais accorder une victoire aussi large dans un combat à ce point serré est peut-être le pointage le plus absurde depuis le 118-110 du juge Guerra lors d’un autre championnat du monde controversé des poids moyens, le mythique Hagler vs Leonard.

Adelaide Byrd triomphe d’une courte tête de l’un des plus grands role models parmi les sportifs de haut niveau, à savoir un dopé récidiviste. Il s’agit du poids lourd cubain Luis Ortiz, contrôlé positif à un diurétique lors de la préparation de son combat contre Deontay Wilder, avant de bénéficier d’une étonnante mansuétude de la part de la haute autorité morale qu’est la WBC – en gros, un passe-droit a posteriori pour raisons médicales, qui l’exempte d’une lourde suspension. Il pourra finalement affronter Wilder en mars, et je lui souhaite le destin du bébé phoque aplati sur la banquise à coups de nerf de boeuf par un braconnier au coeur de pierre. Mais je m’égare.

La troisième place de ce hall of shame est occupée par un autre fier récidiviste, le poids lourd russe Alexander Povetkin, qui poursuivit sa carrière tranquille comme Baptiste après une seconde infraction condamnée par la WBC fin 2016, et a pu s’emparer l’année suivante de deux titres mineurs WBA et WBO. Qu’il n’y ait pas une fédération pour racheter l’autre n’est pas exactement un scoop au pays des règles du Marquis de Queensberry.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


3 + = quatre

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>