Slugfest : mode d’emploi

« Slugfest » est l’un des nombreux termes américains qualifiant un combat particulièrement brutal, à défaut de proposer un brillant étalage de technique pugilistique. C’est aussi mon préféré. En gros, le terme évoque une fusillade à l’arme de gros calibre.

Comme en témoigne le titre choisi par l’aimable archiviste qui l’a posté sur Youtube, « Slugfest » s’applique parfaitement à un modèle de petit combat sans prétention qui devint cultissime : Michel Moorer contre « Smokin’ » Bert Cooper pour le titre WBO des lourds en 1992. C’est-à-dire en ces temps reculés où la boxe anglaise avait encore un peu de place à l’Equipe du dimanche. Bref.

A ma droite, Michael Moorer, un gaucher qui a entamé sa carrière en mi-lourds par 22 victoires par KO, gagnant le titre WBO sans pour autant battre d’adversaires vraiment côtés. Choix de carrière audacieux : vu son punch, le garçon décide de monter sans transition en lourds. Il gagne ses 5 premiers combats avant de disputer le titre vacant à Cooper. Il a un sacré punch, il sait boxer, mais n’a ni le chassis, ni le menton d’un grand poids lourd. Son obscur adversaire précédent scora d’ailleurs un knock-down contre lui.

A ma gauche, Bert Cooper, un vrai lourd américain de devoir comme il y en avait jadis un paquet, déjà battu 8 fois à l’époque, mais par des adversaires de valeur : Riddick Bowe, George Foreman, Nate Miller, etc. Il surprit d’ailleurs son monde en infligeant 1 an plus tôt son premier knock down à la référence Evander Holyfield, avant de céder au 7e round, alors qu’il remplaçait au pied levé le remplaçant (!) d’un Mike Tyson blessé aux côtes. C’est ce combat qui lui valut une chance contre Moorer. Une vision moins romantique consisterait à dire que Bert Cooper aurait sans doute fait une plus belle carrière s’il avait eu la moitié de l’hygiène de vie d’un champion. Et c’est  indéniable. Passons.

Au final, ça donne 5 rounds d’une grande poésie (mention au premier) :

Première partie

Deuxième partie

Le final

La suite pour ces deux hommes : Moorer battra 3 ans plus tard par décision serrée un Holyfield peu concerné pour le titre unifié WBA-IBF … Et c’est après que ça devient vraiment mythique, puisque sa première défense le vit subir la première défaite de sa carrière contre le vénérable George Foreman, par KO à la 10e et après avoir pourtant dominé le combat. Bah oui, quand on ne s’appelle pas Rocky Marciano, ne pas être un lourd naturel finit souvent par se voir. Holyfield gagna ensuite nettement sa revanche contre lui et Moorer eut une fin de carrière anonyme … si l’on excepte bien sûr la délicate réputation de l’homme qui a perdu le titre des lourds contre un adversaire de 45 ans.

Quand à Cooper, son heure de gloire était passée, mais il boucla une carrière bien remplie en servant de test à plusieurs boxeurs de qualité de la fin des années 90 et du début des années 2000 comme Chris Byrd, Corrie Sanders, Fres Oquendo, etc. Un bilan final de 36 victoires pour 22 défaites, pas brillantissime sur le papier, mais un rôle de « journeyman » parfaitement assumé et indispensable à la carrière de bien des plus grands noms que le sien. La boxe repose sur ce genre de durs à cuire.

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