Mayweather’s fifty

J’ai vu boxer en direct Floyd Mayweather Jr pour la première fois en 2001, à l’occasion d’un duel de super-plumes invaincus livré à son compatriote Diego « Chico » Corrales. Le face-à-face était alléchant sur le papier : un boxeur-puncheur technique à souhait contre un bagarreur puissant dans la tradition des guerriers latinos. C’était l’assurance d’un combat disputé et incertain, le genre de moments qui vaut son réveil à 5 heures du matin.

Pugilatus interruptus

En fait d’une âpre explication, le public du MGM Grand – qui devint son repaire inexpugnable au fil des ans – et moi-même depuis mon canapé Habitat eûmes droit à un merveilleux récital. Celui qu’on surnommait encore « Pretty Boy » Floyd virevolta pendant 10 rounds autour d’un Corrales réduit à force d’éblouissantes séries des deux mains au rôle et à l’état d’une piñata tuméfiée. Déjà trop brave pour son propre bien, « Chico » se releva à cinq reprises avant d’être arrêté par l’arbitre, à son grand désarroi.

Pour ma part, j’étais à la fois fasciné par ce que j’avais vu, et terriblement frustré d’avoir été privé de la bonne vraie baston indécise à laquelle j’aspirais. Et ce genre de démonstration laissait facilement augurer l’interminable série de ses victoires à venir qui n’étanchèrent en rien mes envies nocturnes de pugilat à l’ancienne.

Le boss final

« Pretty boy » Mayweather devint « Money », il se fit moins puncheur à mesure que ses mains s’abîmèrent, les titres mondiaux et les superfights s’empilèrent dans cinq catégories, et sur une période de plus de quinze ans je peux compter sur les doigts d’une main les combats du bonhomme dont le déroulement – fût-ce sur un ou deux rounds – offrit un semblant d’incertitude, sinon de challenge sportif (Castillo I, Mosley, Cotto, Maidana I).

Aussi attendu et implacable qu’un tiers prévisionnel, Floyd Mayweather surclassait ses adversaires en réinterprétant à l’envi sa propre version pugilistique du tennis pourcentage. Laisser venir, esquiver, remiser, bouger. Le tout à la manière du boss final d’un jeu video, qui dispose de l’intégralité de la palette de coups, à toutes les distances possibles, et choisit ce qui fonctionne le mieux en fonction de l’adversaire. Avec tout de même une prédilection pour le cross du droit signature donné sans préparation. Don’t try this at home.

Un cinquantième sur la carlingue

Et même si, au fil des ans, bon nombre de combats de sous-carte apportèrent plus d’excitation brute que les main events du maestro, il était à chaque fois évident que « Money » avait emporté le titre officieux de meilleur boxeur de la soirée, tant il semblait évoluer dans sa propre dimension. Floyd Mayweather surclassait le reste du plateau comme il me soumettait, moi, à sa tyrannie mécanique. Il était hors de question que j’aie droit à la moindre once de suspense. Aucune pitié pour tant de nuits de veille.

Dès lors, l’état d’esprit dans lequel je me trouvais hier au soir se devine aisément. Qu’importaient les 40 ans, dont 2 loin des rings, de Floyd Jr, la jeunesse et le gabarit supérieur de l’adversaire, sa garde de gaucher, sa puissance ou sa supposée imprévisibilité : ce dernier était maudit dès le (juteux) contrat signé, condamné à un rôle de spectateur de sa propre perte, et voué à mesurer à la dure le fossé béant entre un cogneur frustre issu du combat libre et un pur génie de l’escrime de poings.

Caramba, encore raté

C’était tant mieux : je voulais pour une fois que Mayweather s’impose de la manière la plus écrasante qui soit, puisqu’en cette occasion il portait mes couleurs. Toute la profonde et incomprise technicité de la boxe anglaise, tout ce qui sépare l’homme féru d’Histoire du boutonneux fan de vocodeur – oui, c’est une provocation inutile et bas de gamme-, tout ce qui a valu à la boxe anglaise l’appellation de Noble Art devait prévaloir dans la nuit du 26 au 27 août 2017.

Et voilà ce que j’ai vu : au delà d’une issue jamais vraiment remise en question, le vainqueur du soi-disant nouveau combat du siècle avançait les pieds plats, se montra fort imprécis dans ses frappes, et s’empala d’entrée de jeu sur un joli uppercut gauche, puis sur un jab du droit plus autoritaire qu’annoncé. Très chambreur, le vieux champion boxait contre-nature, ainsi qu’il l’avait promis, mettant la marche avant après 2 rounds de test, bien plus dans le suivisme maladroit que dans l’ambition de couper la route à son adversaire.

Gervonta, honteux

Lequel fit front, honorablement, quand bien même sa bouche grande ouverte après 10 minutes ne trompait pas : il allait s’éteindre, comme tant d’autres avant lui. Peu importait que Floyd Mayweather renvoyât la pire impression de sa carrière. Il devait l’emporter, ce fut acquis dès qu’il montra malgré lui sa capacité à encaisser sans peine le bras arrière adverse, mais en étant cette fois bien loin d’être le boxeur le plus brillant de la soirée.

« Money » fut certes meilleur que son poulain Gervonta Davis, dépouillé de son titre mondial des super plumes pour cause de surpoids et vainqueur sur un coup douteux à l’arrière de la tête après un démarrage bien poussif face au besogneux Francesco Fonseca ; il devrait sans doute moins prêter attention aux compliments plus ou moins bien intentionnés, et mieux se concentrer sur son métier. L’exemple d’Adrian Broner devrait le dissuader de se concentrer sur sa posture de bad boy aux dépens du professionnalisme à l’heure de se revendiquer successeur du grand patron.

Jack a dit « mange »

En revanche, l’autre athlète de Mayweather promotions Badou Jack réussit une entrée fracassante chez les mi-lourds en s’emparant en 5 rounds à peine du titre WBA du pourtant dur au mal Nathan Cleverly. Palliant un relatif manque de puissance par le volume, la précision et une judicieuse alternance de ses coups entre corps et face dans ses séries, Jack pourrait désormais semer le trouble dans le gratin de la catégorie. Il d’est d’ailleurs empressé de défier Adonis Stevenson pour une unification avec la ceinture WBC.

Après la masterclass si enlevée de Badou Jack, le Floyd Mayweather d’aujourd’hui sembla d’un coup bien humain. Nul doute que sa version de 2015, qui avait fait grincer des dents en triomphant à l’économie de Manny Pacquiao pour un premier chèque record, aurait bien plus vite conclu les débats face à un McGregor certes bel athlète, mais dramatiquement dépourvu du moindre commencement de jeu défensif, et vidé d’à peu près toute sa puissance de frappe après le 3eme round.

Droitier contrariant

Lequel rendit les armes sur arrêt de l’arbitre, après deux rounds à laisser sans réponse les attaques adverses. Ce fut la première victoire de Floyd Mayweather avant la limite depuis 2011. D’aucuns protestèrent que, selon les habitudes du MMA, une telle décision fut prématurée. De quoi renforcer ma préférence pour la boxe, dont la longue et cruelle Histoire incite à mieux distinguer exaltation de la virilité et risque de dommages cérébraux irréversibles.

Le fait est que « Money » Mayweather, malgré un cinquantième succès en autant de combats professionnels, avait poussé l’esprit de contradiction jusqu’à paraître bien quelconque LE soir où je l’avais conjuré de briller le temps d’un dernier combat, après l’avoir tant de fois espéré moins intouchable. J’imagine que l’on ne pouvait se quitter autrement que sur un nouveau malentendu. Car le natif du Michigan et las vegan d’adoption est bien trop lucide et professionnel pour ignorer qu’un nouveau défi contre un vrai champion des poids welters ou super welters serait sans doute voué à la sortie de route.

GGGame of Thrones

Vu que le bonhomme n’a plus rien à prouver et qu’il a enfin surpassé le palmarès mythique de Rocky Marciano*, cette troisième retraite sportive sera sans doute la bonne. Il est plus que temps pour la boxe anglaise de se défaire de la poigne de fer dans un gant de bling qui aura caractérisé le long règne de Floyd Mayweather Jr. Hasard du calendrier, le sacre d’un nouveau roi est prévu dès le 16 septembre prochain avec le superfight opposant Gennady « GGG » Golovkin à Saul « Canelo » Alvarez chez les poids moyens. J’espère une meilleure osmose avec le suivant.

*: Eteignons vite tout début de polémique sur la valeur de la cinquantième victoire de Floyd qui lui permet de passer devant Marciano. Tous les grands champions, sans exception, ont musclé leurs palmarès avec des victoires plus ou moins difficiles, Rocky Marciano le premier.

2 réflexions au sujet de « Mayweather’s fifty »

  1. Mais quelle plume!!! Surement le meilleur article sur le sujet.

    Il parait qu il y avait une clause contractuelle stipulant que le combat devait dépassé le 4e rnd pr etre valider sur le palmares de floyd (et de CmG) , en a tu entendu parlé?

    Concrètement , pense tu que floyd ai pu etre « conciliant » avec l’irlandais en essayant de le ménager et ainsi le crédibiliser aux yeux du public? Ou devrai je dire rendre tout ce cirque crédible?

    Je crois que meme l’equipe a vanter les merites de conor « Qui aurai fait mieu que pacman face a floyd » sous entendu plus de coups qui ont touché, c est dire l’etendue de la mascarade… Bcp de pretendue journaleux sportif parle de « L’irlandais qui aurai fait aussi bien que canelo, en remportant 3rnd face au mozart de la boxe?!!

    Ce combat a attiré une partie de la populass qui n avait quasiment jamais regarder un combat de boxe, et ils ont pr la plupart d entre eux vue ce qu ils appellent un combat « serré ».

    Meme la ptite bande de copine a ma femme ont tenues a regardé ce combat, je sais pas si tu imagine le truc^^

  2. Merci beaucoup pour le commentaire !

    Je n’ai pas entendu parler d’une telle clause, et ça me semblerait un peu étrange. Après tout un combat peut être parfaitement légitime tout en finissant avant le 4eme round…

    Sur la tactique de Floyd, à mon avis :
    1) Il voulait laisser McGregor se fatiguer d’entrée de jeu, sachant qu’un combat en 12 rounds jouait en sa faveur
    2) McGregor n’a pas le cardio d’un boxeur de niveau mondial, mais il a un menton
    3) Floyd lui-même a clairement baissé d’un cran physiquement, et il n’est plus un puncheur depuis pas mal d’année maintenant.

    J’imaginais une victoire dans le 3eme quart du combat en ayant ces différents éléments en tête : je ne me serai planté que d’un round, c’est moins que d’habitude :)

    C’est d’assez bonne guerre de la part de Connor d’essayer de valoriser sa performance. Il a du courage, un meilleur jab que prévu, il a appliqué une tactique en début de combat… en revanche, défensivement, sur le cardio, la boxe en reculant, voire la puissance au fil des rounds, c’est loin du top niveau. Il peut progresser, mais on part de loin. N’oublions pas qu’il a affronté un Floyd à la fois diminué, et disposé pour une fois à boxer contre-nature en avançant. Il est normal qu’un adversaire doté d’un jab correct l’ait touché plus d’une fois. Mais le Floyd de 2015 l’aurait éparpillé façon puzzle. Pacquiao 2015 et Canelo 2013 aussi, sans l’ombre d’un doute. S’il continue à boxer à 154 livres, il est loin du top 10 et Lara, Charlo, Hurd voire notre Michel Soro le battraient sans grande difficulté.

    Ce que tu dis sur l’intérêt du combat en termes de marketing est très positif : tout ce qui peut attirer du public, notamment en France, est bon à prendre. J’espère que ça peut prendre au-delà de Floyd et de McGregor, mais c’est un bon début.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


8 + quatre =

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>