Jones vs Hopkins II : un petit combat qui aurait dû être grand (Partie 1)

A l’heure où l’on parle beaucoup d’un « combat du siècle » qui ne se fera que bien trop tard ou jamais (Mayweather-Pacquiao pour ceux qui ne suivent pas), retour sur un autre cas d’école, à savoir la revanche tant attendue entre les géants américains des années 90 et 2000 Roy Jones Jr et Bernard Hopkins.

Roy Jones est devenu célèbre en 1988 comme victime d’un vol sportif qui ferait passer les Irlandais spoliés par la main de Thierry Henry pour des petits veinards. En finale olympique, il perd aux points contre un coréen dont le seul mérite est de rester debout et de bénéficier d’un arbitrage à la maison proprement scandaleux. Ce combat sera la goutte d’eau qui poussera la Fédération à changer les modalités de comptage des points dans la boxe amateur. Avec l’introduction de la scoring machine, qui n’a finalement pas changé grand-chose à la choucroute…

Cette désillusion n’empêche pas Jones, passé pro en super welters dans la foulée, de vite devenir une star. Il gagne ses 16 premiers combats pro par KO et fait admirer un jeu de jambes incroyable, un buste très mobile, une vitesse d’exécution en jab et séries de coups  puissants complètement folle : en bref, un style de matador garde basse de très, très grande classe. Pour l’anecdote, le premier à tenir jusqu’au bout face à lui est le gaucho Jorge Castro, un menton de granit à qui Terry Norris administrera une punition sans l’abattre à Bercy quelques mois plus tard.

Son premier championnat du monde l’oppose à un autre grand espoir de la boxe d’un style très différent du sien : le taiseux, plein de morgue mais assez fade, et ex-taulard Bernard Hopkins. D’un côté, un Sugar Ray Leonard qui aurait mangé de la soupe, le boxeur markétable par excellence. De l’autre, un style peu flamboyant mais une redoutable d’efficacité, une science du ring consommée, défense hermétique, technique solide, intelligence situationnelle, aucun effort superflu, capable de tirer le meilleur parti possible des règles de son sport.

Le combat est disputé, mais Jones s’impose sans discussion aux points.

La suite, c’est un chassé croisé entre deux des plus grands boxeurs des années 90. A Jones la reconnaissance, la popularité, la médiatisation, quand bien même il lui sera reproché par les fans les plus pointus d’être trop vite monté dans la catégorie bâtarde des super-moyens. De belles victoires tout de même : Thomas Tate, James Toney, Vinny Pacienza (tombeur du pauvre Gilbert Délé, souvenirs, souvenirs), Eric Lucas. Faute d’adversaire de son niveau, il défie et bat le grand Mike McCallum en mi-lourds (qui laissera sur la fin un bon souvenir à Fabrice Tiozzo), connaît une disqualification vengée d’un KO brutal au 1er round contre le valable Montell Griffin, massacre Virgil Hill (qui a d’ailleurs laissé deux sales souvenirs au même Fabrice Tiozzo), puis unifie le titre des mi-lourds et y connaît une période de domination incontestée jusqu’en 2002.

Voici un highlight de Roy Jones :

Et voici Jones vs James Toney, qui montre à quel point sa supériorité athlétique rendait l’animal insaisissable, y compris pour un grand de sa catégorie :

Et de Jones vs McCallum… même remarque :

Les détracteurs auront beau jeu de pointer un certain manque de densité des super-moyens et des mi-lourds à l’époque, la planète boxe se demande malgré tout qui peut vraiment battre ce type, qui devient de l’avis général l’un des plus grands champions de l’histoire de son sport.

Un homme pourrait peut-être répondre à cette question : Bernard Hopkins, qui mériterait depuis de longues années une revanche méritée, sans qu’il soit absolument certain qu’il souhaite vraiment en prendre le risque. D’une manière conforme à son style, dans le sérieux, dans l’ombre et sans la moitié de la médiatisation de son rival, il a acquis dans le même temps une respectabilité égale à celle de Roy Jones.

A suivre …

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