Hommage à un champion : Emile et une nuit…

Athlète incomparable à la technique très complète, Emile Griffith fut l’un des rares grands boxeurs dont l’attirance pour les hommes ait été rendue publique, avec le grand poids coq Panama Al Jones, qui fut l’amant de Jean Cocteau, et le regretté Tyrone Everett dont les circonstances du décès brutal sont évoquées ici. Mais il est surtout le recordman du nombre de rounds disputés en championnats du monde, et affronta une palanquée de références en welters (Paret, Rodriguez, Napoles) et en moyens (Archer, Tiger, Benvenuti, Mundine, Licata, Monzon, Briscoe, Antuofermo), catégories dont il détint plusieurs fois le titre unifié. A 35 ans, il fut d’ailleurs tout proche d’une 7eme ceinture mondiale, poussant dans ses derniers retranchements un Carlos Monzon au sommet de son art lors de leur revanche de 1973.

La carrière d’Emile Griffith fut marquée à jamais par la nuit tragique du 24 mars 1962, au Madison Square Garden de New York. Battu lors de leur première confrontation et vainqueur de la deuxième, ceinture mondiale des welters en jeu, son adversaire Benny Kid Paret avait eu le mauvais goût de le chambrer sur ses moeurs en le traitant de « maricon ».

Mal lui en prit.

KO debout au 12e round et mal protégé par un arbitre en-dessous de tout, le cubain (qu’un management peu scrupuleux laissa disputer 198 rounds lors de ses 3 dernières années de carrière, dont une horrible rouste infligée par le poids moyen Gene Fullmer) encaissa sans répliquer une vingtaine de coups très violents qui le plongèrent dans un coma profond. Il mourut 9 jours plus tard, ce qui incita la chaîne NBC à suspendre ses retransmissions de boxe pendant pas loin d’une décennie (NB : le décès de Davey Moore un an plus tard dans des circonstances comparables n’arrangea guère le problème…). Griffith avoua avoir songé après coup à arrêter la boxe, mais finalement continué parce qu’il ne « savait faire que ça ». Reste que pendant tout le reste de sa longue carrière, il remporta très peu de combats par KO (11 sur ses 29 premières victoires et 12 sur les 55 qui suivirent)… et il est probable qu’il retenait ses coups, lui qui resta de longues années hanté par le souvenir de cette nuit maudite.

Le film, dur.

Ce ne fut hélas pas le seul drame de la vie du champion des Îles Vierges. L’homme qui ne fut mis KO qu’à deux reprises en 112 combats pros – face au puncheur Rubin « Hurricane » Carter et à Carlos Monzon – fut laissé pour mort par une bande de courageux agresseurs au sortir d’un bar gay en 1992. Souffrant de la démence du boxeur, il dut également subir l’humiliation de se voir refuser par son frère un retour dans la maison familiale payée sur ses propres primes de combats.

Un documentaire remarquable centré sur la belle contre Paret, et qui se clôt sur une rencontre en forme de rédemption avec le fils de ce dernier, a rendu hommage au grand Emile Griffith. Mort le 23 juillet dernier dans son sommeil à l’âge de 75 ans, on souhaitera à ce champion, sans aucun doute l’un des 50 meilleurs boxeurs de tous les temps, toute la paix qu’il mérite et n’a pas toujours connue.

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