Golovkin vs Alvarez : 5 clés pour tout comprendre

Après la pantalonnade, la boxe reprend ses droits. Ce fut déjà le cas lors de la remarquable soirée des super-mouches de samedi dernier à Carson, Californie, que je vous engage vivement à consulter sur Youtube. Mais le combat de demain soir entre Gennady « GGG » Golovkin et Saul « Canelo » Alvarez, deux des cinq meilleurs boxeurs de la planète en 2017, revêt une toute autre importance. Intitulé « Supremacy », cet affrontement est sans doute le championnat du monde des poids moyens le plus attendu depuis Hopkins vs Trinidad en 2001, voire le mythique Hagler vs Hearns de 1985.

Tout oppose « Supremacy » à ce que fut le « Money fight » du 26 août dernier : le combat a tout d’abord une vraie signification historique, puisqu’il met aux prises Golovkin, détenteur de 3 des 4 titres majeurs de la plus ancienne catégorie de la boxe professionnelle, et Alvarez, champion linéal des 160 livres – pour mémoire, on entend par linéal « l’homme qui a battu l’homme qui a battu l’homme qui a battu… le premier champion du monde reconnu ». Ensuite, il confronte deux boxeurs taiseux, travailleurs, largement appréciés des fans et dont les personnalités sont aux antipodes des ambianceurs de conférence de presse Floyd Mayweather Jr. et Connor McGregor. Enfin, loin d’offrir un bizuth en pâture à un retraité, il oppose deux champions au palmarès fourni réputés proches de leur apogée, le futur vainqueur pouvant légitimement disputer le titre officieux de meilleur boxeur en activité au mi-lourd américain André Ward.

A 35 ans, invaincu en 37 combats professionnels, Golovkin a enfin la chance de disputer un lucratif superfight face au boxeur le plus populaire – et générateur du plus gros business – depuis la retraite définitive de « Money » Mayweather. Pour sa part, « Canelo » doit assumer ce nouveau statut de patron de son sport, lui qui compte déjà 51 combats professionnels à 27 ans, dont une unique défaite concédée au même « Money ».

Le duel est très serré sur le papier, et Golovkin ne fait figure que de léger favori si l’on se fie aux bookmakers. Son passé plus riche dans la catégorie, Alvarez ayant disputé l’essentiel de sa carrière en super-welters, et sa réputation de puncheur capable de percer les blindages les plus épais expliquent sans doute qu’il ait les faveurs des pronostics. Cependant, autant que l’irréprochable pedigree des deux hommes, l’opposition de leurs boxes rend l’issue du combat particulièrement incertaine. 5 matchs dans le match seront déterminants dans cette guerre entre un kazakh au style très « européen » et un mexicain à la technique très « américaine » :

1- GGG vs Father time : « GGG » a atteint l’âge auquel les poids moyens ont souvent déjà entamé leur déclin. Certains commentateurs ont pointé ses difficultés inhabituelles contre Kell Brook puis Danny Jacobs comme des signes avant-coureurs du phénomène. Il est toutefois permis d’en douter : la porosité de sa défense face à Brook aurait tout aussi bien pu être due à une volonté de faire le spectacle face à un adversaire trop fluet pour faire mal, et son incapacité à imposer son style et son rythme à Jacobs fut surtout liée à la très grande performance de celui-ci. Qu’en sera-t-il demain ? Si « GGG » a perdu ne serait-ce que 5% de sa vitesse et de ses réflexes, son jeune adversaire disposera d’un avantage considérable.

2- Menton de Canelo vs Punch de Golovkin : Au fil des combats, « Canelo » s’est doté d’un jeu défensif particulièrement élaboré, qui n’est pas fondé sur la vivacité de ses jambes – bien moins rapides que ses mains – mais sur une garde hermétique et d’incessants mouvements de la tête, grâce à un sens de l’anticipation sans beaucoup d’équivalents. Il est très difficile de le toucher nettement. On peut malgré tout penser que, tôt ou tard, le menton du mexicain subira le crash test suprême chez les moyens : une rencontre avec les outils de démolition préférés de Golovkin, un crochet gauche et un cross du droit dignes d’un lourd-léger. A la manière d’un Marvin Hagler, « GGG » sape inexorablement plus qu’il n’abat sur un coup. Soit Alvarez, qu’on a pas vu déstabilisé par un power punch depuis plus de 7 ans, encaissera sans paniquer les premiers impacts et déroulera sa boxe. Soit comme l’a dit Mike Tyson, un autre fameux cannonier : « Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il en prenne une dans les dents ».

3- Jab de GGG vs Contres de Canelo : Golovkin est à son aise quand il avance, et il a perfectionné une boxe classique et efficace fondée sur un jab lourd et précis. Il lui permet de marquer des coups nets, de déclencher des frappes puissantes dans la foulée et de faire reculer son adversaire. Ce jab est un modèle du genre et devrait d’emblée garantir au kazakh un certain succès face à un homme plus petit que lui. En face, Canelo a des mains très rapides et une excellente lecture du jeu offensif adverse, ce qui lui permet de déclencher des contres efficaces sur un coup (cross du droit voire uppercut gauche après un jab du gauche) ou en combinaison, avec une fluidité et une originalité très américaines. Ces qualités furent décisives dans sa victoire sur Miguel Cotto. Or Gennady Golovkin n’est pas le boxeur le plus compliqué à lire, ni le moins prévisible. Espérons pour lui qu’il saura varier ses approches, même si sa puissance devrait faire réfléchir Alvarez avant de s’engager franchement en contre.

4- Canelo vs Les cordes : Alvarez a progressivement amélioré un cardio moyen, qui l’obligea notamment à laisser filer des rounds entiers contre Austin Trout en 2013. Face à un gros travailleur comme Golovkin, qui sait de surcroît parfaitement couper la route à sa cible, prendre des pauses en plein combat présente deux risques : perdre des minutes précieuses au pointage des juges, mais surtout se retrouver acculé dos aux cordes. Ce dernier point est le pêché mignon du mexicain, qui a jusqu’à présent parfaitement su survivre à de telles situations. Le fait est qu’aucun de ses adversaires ne proposait un défi de près semblable à celui de la lessiveuse kazakhe. Pour s’éviter le destin funeste du sac de frappe crevé, Canelo devra savoir se déplacer latéralement, contrer Golovkin à chaque occasion, et le ralentir en travaillant au corps.

5- Corps vs Corps : Où l’on parle enfin de travail au corps, justement. Malgré leurs évidentes différences de styles, les deux hommes partagent un goût certain pour le foie hâché. Leurs crochets au corps sont parmi les plus efficaces du circuit, et ils n’hésitent pas à alterner haut et bas dans un même enchaînement. Le bodywork appliqué avec méthode est un placement à long terme aussi sûr et plus rémunérateur qu’un livret A : au fil des rounds, il ralentit l’adversaire, réduit la force de ses coups et lui fait baisser les mains. Golovkin comme Alvarez ont déjà entregistré de spectaculaires KOs au foie, et se servent systématiquement de cette arme pour user leurs victimes avant de les cueillir blettes. Il sera fondamental pour « Canelo » de faire baisser le rythme de « GGG » et diminuer sa puissance d’arrêt, alors que ce dernier s’emploiera à réduire encore la mobilité et l’endurance discutables du mexicain.

Ces 5 clés pèseront énormément dans le déroulement de la grande et belle affiche de ce samedi. Et, puisque c’est au pied des duels les plus incertains qu’on reconnaît les vrais maçons, il est temps de se fendre d’un pronostic. « Canelo » est le plus adaptable tactiquement des deux et progresse encore, alors que Golovkin, malgré une préparation aussi professionnelle qu’à son habitude, devrait imperceptiblement avoir perdu de ses capacités de chasseur de gros gibier. Vu les qualités de contreur de son adversaire, j’imagine un « GGG » précautionneux, dans la lignée de ses choix tactiques face aux puissants Lemieux et Jacobs, et un Alvarez assurant sa survie.

Le combat sera serré et ira à son terme. Le style de « Canelo », toujours précis et qui impressionne par ses combinaisons, est apprécié des juges… et ce sont peut-être d’autres considérations qui lui valurent plusieurs cartes trop larges pour être honnêtes (118-109 contre Trout, 117-111 contre Lara, 119-109 contre Cotto, et le surréaliste 114-114 contre Mayweather). En pareil contexte, une victoire serrée d’Alvarez, possiblement partagée, est une vraie possibilité, et l’inévitable controverse qui s’ensuivrait promet déjà beaucoup. C’est mon pari pour ce combat, même si le camp Golovkin, conscient de l’avantage « politique » de son rival, aura peut-être fait tapis sur une stratégie ultra agressive qui éviterait toute interférence du corps arbital.

Cette incertitude fait le sel des vrais combats du siècle, quand bien même on en dénombre une grosse vingtaine tous les cent ans. Quiconque s’est réveillé pour Mayweather vs McGregor n’aura aucune excuse pour demain soir. On se lève, et on kiffe.

4 réflexions au sujet de « Golovkin vs Alvarez : 5 clés pour tout comprendre »

  1. Et ça y est j’ai déjà la bave au lèvres en lisant ton article!!!

    Je vais bosser jusqu’à 5hr du mat puis je vais enchaîner avec GGG vs Canelo, puis si la fatigue ne m acheve pas, peut être un rockhold vs branch…

    Histoire que ces heures de boulot passe plus vite, je vais me réfugié ds mes plus beaux souvenirs pugilistique ( à sourire tout seul).

    Hagler, je sais pas si c est l enjeu du combat, les belligérants^^ (car guerre il y aura), l amour du sport… qui me donne envie de voir le combat ou ta manière de raconter.

    Je milite pr que tu remplace asloum sur les divers plateau télé lol!!!

    Merci encore!

    Quoi qu il en soit merci pr ce « savoureux » article, une fois de plus!!!

    • Merci mec, je fais précisément ça pour ce type de commentaires ! Franchement, si on est pas bouillant pour cette affiche-là, on le sera rarement pour de la boxe.

      Bon courage pour ton taf’ et surtout bon combat à toi !

    • Merci poto !
      Golovkin-Alvaez a tenu ses promesses, malgré une juge manifestement corrompue qui a scoré 10 rounds à 2 un combat très serré… Beaucoup d’intensité et de qualité sur le ring. 2017 est une année de boxe assez incroyable.

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