Black Hawk down

On déplore le décès à l’âge de 60 ans de l’ancien champion super léger Aaron Pryor, alias The Hawk, des suites d’une maladie du coeur.

Originaire de Cincinnati, Pryor a fait une impressionnante carrière en amateurs dans l’ombre de Sugar Ray Leonard au début des années 70, bouclée à plus de 200 victoires, incluant un succès sur la référence Thomas Hearns. Il entama ensuite son parcours professionnel dans la catégorie des poids légers, mais c’est en super légers qu’il obtint une chance mondiale face à la légende colombienne Antonio « Kid Pambélé » Cervantes en août 1980.

En 4 rounds de bruit et de fureur, le challenger sut se remettre d’un knockdown à 30 secondes de la fin de la première reprise pour imposer à son prestigieux aîné, certes un brin émoussé, la recette de tous ses succès futurs, rappelant singulièrement celle du légendaire Henry Armstrong : raccourcir la distance derrière un jab efficace en piston sur la base de fondamentaux techniques solides, et travailler de près en multipliant les enchaînements puissants des deux mains sans trop miser sur sa défense. Ensanglanté et meurtri, Kid Pambélé ne put se relever d’une dernière droite à la face, point d’orgue de 10 minutes d’une sacrée castagne.

Pryor resta titré en super légers pendant pas loin de 5 ans, durant lesquels il démolit méthodiquement ses adversaires (88% de KOs en carrière) et put se consacrer avec passion aux deux hobbies – fort répandus parmi les champions de l’époque -qu’étaient la bringue et de la cocaïne. Plus que son succès sur le vieillissant Cervantes, ce sont ses deux combats contre la star nicaraguayenne Alexis Arguello, déjà titrée dans 3 catégories inférieures, qui firent entrer l’américain dans le gotha de son sport.

J’ai déjà abordé Pryor – Arguello I dans un ancien papier : c’est un combat devenu aussi mythique pour l’intensité de ses échanges que pour la controverse qui s’ensuivit, puisque Pryor, en avance pour les juges mais subissant le retour du « Flaco explosivo » en fin de combat, se vit administrer par son entraîneur « Panama » Lewis un remontant suffisamment efficace (on l’entend distinctement demander qu’on lui passe la bouteille « qu’il avait préparée » pendant le dernier break) pour attaquer le 14eme round tel le Lapin Duracell, et saouler de coups un Arguello finalement arrêté par l’arbitre. Notons que Panama Lewis fut ensuite suspendu pour avoir lesté les gants d’un autre de ses poulains, alors qu’un troisième confia bien plus tard comment Lewis ajoutait des antihistaminiques à l’eau de ses boxeurs pour améliorer leur capacité pulmonaire en fin de combat…

Toute bouteille douteuse prise par ailleurs, le fait est que Pryor – Arguello I dans son ensemble est un monument de la boxe anglaise, en même temps que la preuve de l’incroyable résistance du menton en fonte brute de l’américain, et que celui-ci en remporta la revanche un an plus tard par KO au 10eme round. Plusieurs raisons empêchèrent la tenue d’un superfight entre le champion super léger et Ray Leonard, maître des welters à l’époque des plus grands succès du Hawk, qu’il se soit agi d’histoires de gros sous en 1980 (Pryor refusa une bourse – substantielle pour l’époque – de 750000$) ou plus tard des soucis oculaires de Sugar Ray à l’origine de sa première retraite sportive. Une chance face à Roberto Duran lui échappa également, faute d’avoir pu mettre de l’ordre dans son management avant que le panaméen ne décide finalement de monter en super welters. Il faut ici noter que, d’une façon générale, Aaron Pryor ne conduisit pas sa carrière de la manière la plus avisée qui soit, se retrouvant parfois prisonnier de plusieurs contrats signés en parallèle. Ce qui lui valut notamment la perte sur tapis vert de son titre IBF après une dernière défense victorieuse en 1985.

La trentaine passée, entamé par ses diverses addictions et dans une forme physique au mieux discutable, Pryor tenta un comeback contre le journeyman Bobby Joe Young, vendeur de voitures à temps partiel néanmoins doté d’un certain punch. Il subit alors son unique défaite en carrière, par KO au 7eme round. Devenu un proche du Hawk et présent ce soir-là dans l’assistance, l’ancien rival Alexis Arguello confia avoir tenté jusqu’au dernier moment de le dissuader de monter sur le ring. Aaron Pryor reboxa par intermittence face à des adversaires anecdotiques jusqu’à fin 1990, et acheva sa carrière sur un bilan de 39 victoires et 1 défaite en professionnels, devenu aveugle d’un oeil suite à une opération de la cataracte. Il a rejoint hier au panthéon des grands boxeurs son ami Arguello – élu maire de Managua, il mit fin à ses jours en 2009 – après l’avoir suivi au Boxing Hall of Fame.

A l’image d’un Sugar Ray Leonard, le nicaraguayen est un modèle de champion « pound for pound », empilant les ceintures mondiales des plumes aux légers, tandis qu’Aaron Pryor incarne plutôt le tyran au long cours d’une unique catégorie de poids, à la façon d’un Marvin Hagler. Il n’en a certes pas le rayonnement auprès du public contemporain, la faute à un relatif manque de grands combats, ou son appartenance à une catégorie « récente ». Mais comme pour Antonio Cervantes, Nicolino Locche ou Ricky Hatton, la carrière d’Aaron Pryor en super légers montre à quel point une telle catégorie a pu révéler de bien beaux champions… et Leonard ou Duran vs Pryor figureraient honorablement sur toute liste des 10 plus grands combats maudits à n’avoir jamais pu être être montés.

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