Banc d’essai : les combats du siècle (Partie 2)

A l’occasion de la signature de Mayweather vs Pacquiao, la suite de ce comparatif des combats les plus mythiques de l’histoire du noble art.

Ali vs Frazier I, 8 mars 1971, New York, Madison Square Garden

Protagonistes : *****

Ali et Frazier constituent chacun la quintessence d’un style bien particulier. Pour « Smokin’ » Joe, c’est l’école de Philadelphie, celle de la discipline et de la dureté, où aucun geste n’est gratuit et tout se paye en sueur et en sang. L’école du crochet du gauche, le coup le plus emblématique et le plus technique de la boxe anglaise, et de l’esquive rotative pour avancer sur l’adversaire la tête rentrée dans les épaules, comme l’on monterait au front. Pour Muhammad Ali, c’est l’école des poids lourds qui boxent comme des welters, celle qui n’eut jamais d’autres élèves que lui-même. Le jab qui part de la hanche, fuse et claque comme un fouet en alpha et oméga, qu’il prépare une combinaison ou une évasion, toujours pour marquer plus de points que l’adversaire. Le port altier et des jambes de ballerine qui assurent l’essentiel de la défense, comme si lever les mains était l’apanage du vulgaire. Deux sacrés styles de beauté, en somme.

Timing : *****

Deux champions olympiques. Deux poids lourds invaincus en professionnels. Deux champions du monde qui se sont succédé, Ali après avoir dû abandonner son titre à l’issue de 3 ans d’inactivité forcée, Frazier après avoir ramassé la couronne que personne n’aurait plus mérité que lui dans la très dense division des poids lourds de l’époque. Ajoutons qu’Ali s’est rassuré sur ses capacités en dominant 2 boxeurs de valeur, Jerry Quarry et Oscar Bonavena, avant de défier Frazier. Sur le papier, la confrontation mérite parfaitement le titre de « Combat du siècle » inventé pour sa promotion.

Enjeu : *****

Celui qui n’a pas supporté que l’on continue à l’appeler Cassius Clay parce que c’était son « nom d’esclave » a aussi refusé la conscription pour le Vietnam, parce qu’ »aucun vietcong ne l’avait jamais traité de nègre ». Cette attitude lui vaut d’être privé de licence pour défendre son titre mondial partout où il tente de reboxer de 1967 à 1970, mais aussi de jouir d’une grande popularité auprès de la communauté noire, du mouvement des droits civiques, de la gauche et d’une bonne partie de la jeunesse américaine. A l’approche de son combat contre Frazier, il use de la guerre psychologique comme personne avant lui en faisant de son adversaire le champion du camp d’en face, tout ce que les Etats-Unis comptent alors de blancs conservateurs et de défenseurs de l’establishment. Même si Frazier ne contestera pas son soutien à la guerre, les limites sont allègrement franchies quand Ali le traite d’ »Oncle Tom au service de l’ennemi ». Comme si l’opposition de styles et de pedigrees ne suffisait pas, la polémique sur le Vietnam transforme Frazier vs Ali I en mère de toutes les batailles. Frank Sinatra lui-même n’obtiendra sa place au bord du ring qu’en devenant photographe officiel de Time Magazine le temps d’une soirée.

Combat : *****

Ce combat du siècle est d’abord et avant tout un extraordinaire match de boxe. Ali prend d’entrée les commandes, sans être aussi mobile qu’au faîte de sa domination, mais en distribuant son jab à un rythme endiablé. Le champion laisse tant bien que mal passer l’orage et parvient à toucher durement de son crochet gauche à la fin du 3eme round. C’est le début de sa marche en avant, et dès la reprise suivante Frazier parvient à attirer Ali dans les cordes et travailler au corps. Le milieu du combat est serré, alors que la fatigue gagne Ali, durement ébranlé au 8eme round, mais qu’il s’efforce de rendre coup pour coup à la machine qui lui fait face. Après le 11eme round, l’ancien champion est clairement dominé et l’on peut se poser la question de sa survie jusqu’au coup de gong final. Pire encore, dès l’ouverture du 15eme round un nouveau crochet du gauche dans lequel Frazier met toute sa haine atteint Ali en pleine mâchoire. Ce n’est certes pas son premier knockdown subi en carrière, mais sans doute le plus brutal de tous. Il tiendra malgré tout jusqu’à la fin du round et du combat.

Impact : *****

Le roi déchu qui se relève d’un coup aussi terrible que le grand crochet de Smokin’ Joe dans cette ultime reprise laisse imaginer ce que sera la deuxième version d’Ali champion du monde, capable de reconquérir par deux fois son bien en absorbant des punitions inhumaines, à défaut de virevolter comme le papillon qu’il fut. Mais pour l’heure, c’est bien Joe Frazier qui demeure par décision unanime le champion incontesté de la catégorie des lourds la plus relevée de l’histoire de la boxe. Il sera malgré tout vaincu à l’issue de la trilogie grandiose qui l’opposera à son meilleur ennemi, aux points lors d’une revanche sans beaucoup de saveur après avoir cédé sa ceinture à George Foreman, puis par KO technique au 14eme round du dantesque et crépusculaire « Thrilla in Manilla ». Il y a les trilogies mémorables de l’histoire de la boxe, et il y a Ali vs Frazier.

Note de mythe : *****

Larry Holmes vs Gerry Cooney, 11 juin 1982, Las Vegas, Nevada

Protagonistes : ***

A ma gauche, l’invaincu « Easton Assassin » Larry Holmes, détenteur de la ceinture WBC des poids lourds après 12 sorties titre en jeu, ancien sparring partner puis tombeur et successeur de Muhammad Ali dans la lignée des « vrais » champions du monde de la catégorie, et peut-être le plus complet de tous techniquement et physiquement parlant. A ma droite, l’invaincu Gerry Cooney, détenteur de bien peu de choses hormis un gabarit de golgoth irlandais, un crochet du gauche dévastateur, l’étiquette désormais galvaudée de « Great White Hope » 22 ans après le succès surprise d’Ingemar Johansson sur Floyd Patterson, et deux promoteurs particulièrement habiles en montage de mayonnaise médiatique.

Timing : **

Larry Holmes a patiemment attendu son tour en gravissant une à une les marches du succès dans l’ombre de Muhammad Ali. Sans doute se sent-il très vite supérieur au vieillissant champion WBA, mais il doit attendre l’année 1980 pour le montrer avec éclat après avoir dû se rabattre sur la ceinture WBC. Âgé de 33 ans en 1982, Holmes est à son meilleur et boxe au moins trois fois par an, comme s’il avait un besoin viscéral de profiter de son titre. Tout l’inverse de Gerry Cooney, en somme, lui qui s’est contenté de démolir quelques clients de seconde zone puis un Ron Lyle et un Ken Norton au bout du rouleau devant les caméras de télévision nationale pour devenir challenger de Larry Holmes. En 2 ans et du fait d’une blessure après son succès sur Norton, Cooney n’aura boxé que moins de 2 rounds, et il n’a jamais dépassé une 8eme reprise en carrière quand il se présente devant le champion.

Enjeu : ***

Compte tenu du caractère pour le moins déséquilibré du combat sur le papier, il peut sembler fort surprenant vu de 2015 qu’il se soit agi de l’un des authentiques superfights d’une décennie riche en oppositions de qualité, entre les exploits des « 4 Horsemen » et l’émergence de Mike Tyson. C’est faire fi de la lassitude engendrée par le caractère distant et posé du nouveau roi des lourds qui contraste tant avec la flamboyance et la faconde d’Ali, mais aussi de la révolution conservatrice qui a porté Ronald Reagan au pouvoir, et d’une Amérique républicaine qui rêve désormais d’un working class hero à l’ancienne pour reprendre le flambleau des grands espoirs blancs… et mettre un terme définitif à deux décennies de champions des poids lourds afro-américains symboles de tous les combats pour les droits civiques. Les promoteurs Denis Rappaport et Mike Jones sentent à quel point ils peuvent vite transformer l’essai sans même continuer à faire progresser leur poulain, en lui obtenant un contrat mirobolant de 10 millions de dollars pour affronter Holmes… soit autant que le champion, une vraie marque d’irrespect pour ce dernier encore accentuée par les faibles références de celui que l’acerbe « Easton Assassin » a surnommé « The Great White Dope ». Et c’est bien l’improbable Gerry Cooney qui fait la une de Time magazine juste avant le combat.

Combat : ****

Le délirant battage médiatique autour du montage de l’événement, qui a vu notamment une bagarre éclater devant les caméras d’ABC, aboutit à des menaces de mort à l’encontre de Holmes de la part des groupes suprématistes blancs puis des activistes noirs vis-à-vis du champion du camp d’en face. Le combat est donc organisé sur le parking du Ceasars Palace de Las Vegas, dans la ligne de mire de dizaines de snipers déployés sur les toits des alentours. Une ligne téléphonique directe est installée dans le vestiaire de Cooney pour recevoir les félicitations de la Maison Blanche en direct… mais un retour à la réalité viendra dissiper l’hallucination collective : très souvent, c’est le plus expérimenté qui gagne. Le grand mérite de Gerry Cooney est finalement de faire un vrai combat de cette mascarade, ce qui sera d’autant plus remarquable après un knockdown subi sur une droite millimétrée dès le 2eme round. Cooney avance sur le champion, travaille au corps de son lourd crochet du gauche et remonte à la face. Le fait est que l’on assiste à un beau combat de poids lourds, ce qui était tout sauf garanti. Vaillant malgré une trogne ensanglantée, Cooney ébranle même le champion à plusieurs reprises, mais fatigue après la mi-combat et perd trois points pour coups bas. Dominateur sur l’ensemble des échanges, Holmes évite à ce superfight boiteux une issue en forme de farce en abrégeant les débats sur une dizaine de droites restées sans réponse au 13eme round, alors que les pointages des juges étaient restés un poil trop serrés pour être honnêtes.

Impact : **

C’est a posteriori, alors que Cooney fond en larmes en s’excusant auprès des fans, que l’on devine une maturité plus que douteuse à un tel niveau, aggravant un déficit de maîtrise technique et tactique aussi patent que logique vue le peu d’expérience du bonhomme. Dans ce contexte, il est quasi miraculeux que Gerry Cooney ait livré un combat d’une aussi bonne tenue dans un contexte à ce point chaotique. Le combat d’une vie, tant sa fin de carrière restera anecdotique, avec notamment deux comebacks pour autant de défaites cinglantes contre Michael Spinks et George Foreman qui attesteront que le supplément d’âme des guerriers du ring l’avait bel et bien quitté après ce soir de juin 1982. Le (réel) talent naturel de « Gentleman » Gerry méritait sans doute mieux qu’un aussi colossal pétard mouillé… et nul ne saura jamais ce qu’il aurait valu face à Holmes 2 ans et 4 à 5 combats plus tard.

Note de mythe : **

Marvin Hagler vs Sugar Ray Leonard, 6 avril 1987, Las Vegas, Nevada

Protagonistes : *****

Rien moins que l’un des 5 meilleurs poids moyens face à l’un des 10 meilleurs boxeurs de l’histoire. Deux magnifiques expressions du profil de « boxer – puncher », maîtrisant parfaitement les fondamentaux de leur sport tout en étant capables d’abréger les débats grâce à la lourdeur de leurs frappes. Chacun disposait d’un atout exceptionnel dans son jeu : à Leonard la vitesse, à Hagler le menton. C’est en termes de caractère, de trajectoire et de médiatisation que les deux combattants diffèrent considérablement. Ray Leonard a toujours bien pris la lumière, beau gosse, champion olympique à 20 ans, champion du monde professionnel à 23 et successeur programmé d’Ali comme enfant chéri des chaînes de télévision, en plus d’être l’héritier du surnom du plus grand des plus grands. Gueule patibulaire montée sur un corps de machine, Marvin Hagler a lui commencé sa carrière professionnelle tout en travaillant sur des chantiers de construction, puis dû se faire un nom et un classement mondial chez les durs de durs de Philadelphie, supporté un match nul contestable pour sa première chance mondiale puis l’opprobre d’une foule hostile le soir de son sacre, avant d’attendre durant de longues années de règne sur sa catégorie une popularité suffisante pour avoir droit à des publicités à son nom.

Timing : ***

Sugar Ray Leonard se retire couvert de gloire et champion en welters et super welters en 1982, à 26 ans et apparemment pour raisons de santé. Il n’a plus grand-chose à prouver dans la catégorie qui l’a rendu célèbre après la conquête de son titre face à Wilfried Benitez, son éclatante revanche sur Roberto Duran et son succès épique face au « Motor City Cobra » Thomas Hearns. Il ne boxe qu’une seule et unique fois durant les 4 années qui suivent, et encaisse pour l’occasion son premier knockdown en carrière contre un anonyme journeyman. Puis c’est donc en 1986 qu’il surprend le monde entier en affirmant vouloir affronter le réputé invincible champion du monde des poids moyens Marvin Hagler. Un défi aussi inattendu que savoureux, quand on garde à l’esprit les précédentes tentatives infructueuses de Marvelous Marvin pour obtenir enfin la consécration d’un superfight contre le même Sugar Ray. Mais surtout un défi calculé, qui germe dans l’esprit de Ray Leonard quand il assiste à la 11eme défense de titre victorieuse du roi des moyens et le voit manifestement peiner contre le puncheur ougandais John « The beast » Mugabi, s’en remettant de plus en plus à sa puissance et son menton au détriment d’une vitesse et d’une fluidité qui l’ont progressivement abandonné. Les négociations sont âpres : Hagler percevra la bourse la plus importante, soit 12 millions de dollars hors droits TV, laissant à Leonard le choix du ring, des gants et du nombre de rounds.

Enjeu : ****

Avec un Muhammad Ali retraité et un Larry Holmes régent des poids lourds qui peine à électriser les foules, les eighties revêtent un caractère inédit : malgré l’épisode tragi-comique de Holmes vs Cooney évoqué plus haut et l’émergence de Mike Tyson, les nombreux superfights qui les jalonnent ne concernent plus tous la catégorie reine. Les vraies stars sont désormais aussi celles des poids intermédiaires, en particulier le carré d’as sévissant de 135 à 160 livres sous le surnom de « 4 Horsemen ». Tout d’abord le panaméen Roberto Duran, légende vivante des poids légers qui monte défier et vaincre la star montante des welters Ray Leonard. Lequel prend sa revanche en poussant son tourmenteur à l’abandon, avant de déjouer les pronostics en déboulonnant l’interminable et invaincu puncheur Thomas Hearns. Ce après quoi Duran suit son instinct de fier champion latino autant que sa courbe de poids en poussant le tyran des moyens Marvin Hagler à une décision très disputée, avant que Tommy Hearns ne l’assomme proprement en 2 rounds de pure maltraitance pour un titre en superwelters. Hearns obtient donc le droit d’aller défier Hagler en avril 1985 avec de solides atouts à faire valoir… et finit lui-même démantelé après 3 rounds d’anthologie. Ceux qui ont suivi en déduiront donc que Hagler vs Leonard n’est rien moins que la finale de ce qui fut rétrospectivement le plus prestigieux des tournois de l’histoire de ce sport. Putain d’enjeu.

Combat : ****

Les plus grands commettent parfois d’improbables boulettes tactiques : c’est le cas du champion en titre, qui bascule de son style habituel de fausse garde en droitier pour perturber Leonard. Lequel n’en souffre guère, et use de sa mobilité supérieure pour tourner et marquer à distance. Le manège dure un bon tiers du combat, ce qui donne au challenger un joli pécule de points, si l’on excepte une alerte en fin de 3eme reprise. Quand il ralentit et que Hagler règle la mire à compter du 5eme round, le combat commence enfin. A Hagler les coups les plus lourds, au challenger la science de la neutralisation et de l’esquive, tout en plaçant une opportune accélération à 30 secondes de chaque fin de round pour marquer les esprits. Rendons-lui cette justice qu’il sort vainqueur de plus d’un échange. Quand arrive le dernier coup de gong, Sugar Ray tombe dans les bras du champion : « You beat me, man », lui annonce-t-il, fourbu. Mais deux juges sur trois en décident autrement après ce combat serré comme un poing, et c’est bien l’ancien roi des welters qui ravit son titre des moyens à Marvelous Marvin et qui remporte pour l’éternité le grand tournoi des « 4 Horsemen », sommet d’intensité du dernier âge d’or de la boxe anglaise.

Impact : ****

Sugar Ray Leonard a réussi rien moins que le comeback le plus tonitruant de l’histoire de la boxe, en battant le champion des moyens le plus dominant de l’histoire avec Carlos Monzon après 5 ans de quasi inactivité. Il récupère aussi la ceinture d’une troisième catégorie, début d’une carrière de collectionneur qui s’arrêtera à cinq et inspirera bon nombre de ses héritiers désireux de gagner en prestige et de marquer les esprits, parmi lesquels figurent notamment Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. Les versions divergent en ce qui concerne la négociation d’une hypothétique revanche, Hagler ayant soit refusé toute discussion après une défaite qu’il jugeait injuste, soit au contraire attendu du camp Leonard une ouverture qui ne vint pas. Toujours est-il que l’annonce de sa retraite dans la foulée du combat ajouta à sa légende autant qu’elle le préserva d’un inévitable déclin.

Note de mythe : ****

Evander Holyfield vs Mike Tyson II, 28 juin 1997, Las Vegas, Nevada

Protagonistes : *****

« Iron » Mike Tyson et Evander « The real deal » Holyfield sont les deux poids lourds américains emblématiques des années 90, et pour tout dire les deux derniers grands champions de la catégorie reine au pays de la boxe. Avant d’être un symbole vivant de tout ce que ce sport à de dysfonctionnel, le premier nommé est avant tout un champion d’exception, tant pour la fascination qu’il exerce bien au-delà du public traditionnel du noble art que pour le cocktail sans précédent de vitesse, d’agressivité et de puissance dévastatrice qu’il propose en mondiovision. Sans qu’il faille aucunement sous-estimer la très grande qualité technique des déplacements, des esquives latérales et rotatives ou des enchaînements en crochets et uppercuts qui permettent à ce poids lourd de seulement 1m78 de vaporiser tant d’adversaires de 15 à 20 cm de plus que lui. Face à Iron Mike, l’ex premier roi de la naissante catégorie des lourds-légers présente un profil plus classique : celui du champion dur au mal, endurant et qui ne lâche rien, bon puncheur sans pour autant faire figure de démolisseur, et à la panoplie complète, que l’on parle de gestuelle licite ou de celle qui l’est un peu moins. Un phénomène de foire qui hypnotise contre un overachiever comme l’Amérique les aime tant.

Timing : ***

La rivalité entre Tyson et Holyfield a tout d’une succession de rendez-vous ratés qui ferait passer Mayweather vs Pacquiao pour un combat négocié dans la facilité d’une simple poignée de mains. Après que Iron Mike a unifié les titres puis débité en menus morceaux les anciennes gloires Larry Holmes et Michael Spinks à 23 ans à peine, le seul challenger crédible qui lui reste aux yeux des spécialistes est le lourd-léger invaincu et médaillé des JO de Los Angeles Evander Holyfield. Le clash est soigneusement préparé en amont alors que ce dernier monte en poids lourds. Mais Tyson connaît une première sortie de route contre l’improbable James « Buster » Douglas, qui cède bien vite le titre unifié des lourds au discipliné moustachu d’Atlanta. Et lorsque Tyson doit défier Holyfield comme challenger, il est inculpé de viol et incarcéré 4 ans, période durant laquelle Holyfield alterne le sublime – une trilogie perdue face à Riddick Bowe – et l’embarrassant, comme la perte de ses titres contre un bien léger Michael Moorer. Libéré de prison, Tyson reprend rapidement le haut de l’affiche ainsi qu’un titre mondial en 1996. Il reçoit donc en champion le défi d’Evander Holyfield, donné largement battu par les bookmakers. Leur premier combat est un vrai duel de lourds à l’ancienne, entre un Tyson puissant mais manifestement ralenti en bras comme en jambes, et un Holyfield qui déploie des trésors de résilience et de dirty boxing tête en avant avant de s’imposer sur un KO retentissant au 11eme round. La revanche intitulée « The sound and the fury », qui oppose 7 mois plus tard dans le même MGM Grand un champion de 35 ans à son cadet de 4 ans dont la meilleure période est pourtant derrière lui, sera forcément un événement d’une ampleur considérable.

Enjeu : ****

Il faut savoir lire au-delà de tous les records qui seront battus pour l’occasion, avec en particulier des recettes avoisinant les 100 millions de dollars en pay-per-view. L’enjeu véritable de cette revanche concerne la place réelle de Mike Tyson dans l’histoire des poids lourds. Une excuse toute trouvée a suivi la défaite surprise contre Buster Douglas : la jeunesse et la faible maturité du champion, en roue libre car privé de la figure tutélaire de son mentor Cus d’Amato et livré à lui-même par un Don King plus intéressé par la préparation du superfight contre Holyfield que par celle d’un combat facile sur le papier. Les choses sont beaucoup moins simples après la défaite de novembre 1996 : Holyfield était jugé sur le déclin après le KO subi lors de sa belle contre Riddick Bowe, et un nouveau revers contre un homme sensiblement plus vieux que lui interpelle les observateurs. Se confirme-t-il que l’apogée de Mike Tyson aura duré à peine 3 ans, ou bien qu’il n’était finalement bon qu’à corriger des seconds rôles ou des adversaires en fin de carrière ?

Combat : *

Tous les fans du Noble Art connaissent l’issue de ce combat désormais surnommé « The bite fight » en référence à l’incroyable pétage de plombs d’Iron Mike Tyson. Bref rappel des faits : Holyfield domine assez nettement les deux premiers rounds, ébranlant même l’ex-champion après 2 minutes 20 de combat. Lors de la deuxième reprise, un choc de têtes involontaire coupe Tyson au dessus de l’oeil droit. Mené aux points et subissant de nouveau l’effet des coups de boule de son ancien vainqueur après s’en être plein durant tout leur premier combat, ce dernier voit rouge et mord successivement son adversaire à l’oreille droite – en arrachant puis recrachant un bon morceau de cartilage et récoltant 2 points de pénalité dans l’opération – puis à la gauche dès la reprise. L’expérimenté arbitre Mills Lane n’a d’autre choix que de déclarer Holyfield vainqueur sur disqualification au 3eme round. Le public stupéfait voit ainsi son phénomène de foire préféré échapper définitivement à tout contrôle.

Impact : ****

L’épouvantable farce que fut la revanche entre Evander Holyfield et Mike Tyson est ironiquement la dernière confrontation d’importance en date entre deux poids lourds américains. L’anglais Lennox Lewis viendra défaire le champion en titre en 1999 après deux affrontements de bonne tenue, avant de corriger l’ombre de Mike Tyson en 2002 lors d’un nouveau superfight dont l’ancien prodige de Brooklyn ne conservera rien des revenus records. Lewis régnera jusqu’en 2003 avant de laisser son sceptre au sculptural duo ukrainien des frères Klitschko, sans que l’on voie poindre de relève digne de ce nom aux Etats-Unis. Tant Mike Tyson qu’Evander Holyfield prolongeront trop longtemps leur carrière après avoir subi la loi du britannique. Tyson subira l’infamie de deux défaites avant la limite contre les oubliables Clifford Etienne et Kevin McBride, tandis qu’Holyfield poussera jusqu’à près de 50 ans la quête d’un nouveau titre de papier qu’il aurait dû remporter contre le golem russe Nicolay Valuev. Ce n’est pas faire injure au colossal et récent détenteur de la ceinture version WBC Deontay Wilder de dire que 18 ans après l’absurde épilogue de Holyfield vs Tyson II, un nouveau duel entre deux vraies grandes stars américaines pour le titre suprême des poids lourds est loin d’être d’actualité.

Note de mythe : ***

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