2 putains de secondes…

Flash-back sur l’un des combats les plus controversés qui soient : la première rencontre entre Julio César Chavez et Meldrick Taylor, justement intitulée « Thunder & Lightening » pour sa promotion. En cette année 1990, c’est un combat d’unification des ceintures IBF et WBC des super-légers entre deux boxeurs invaincus, avec une belle opposition de styles.

D’un côté, Taylor, l’américain aux 24 victoires. Plus jeune médaillé d’or de l’histoire des JO en 1984, un énorme talent naturel, pur styliste, ultra rapide et précis, doté d’un crochet du gauche sacrément difficile à capter.

De l’autre, le mexicain Chavez, 68 victoires en autant de combats, titré en super plumes, légers, et super légers, précurseur de la grande génération de boxeurs mexicains qui animèrent les « petites » catégories pendant les 20 années suivantes. Julio César Chavez, rien moins qu’une moissonneuse batteuse. Pas très rapide, tête basse, pieds plats, mais un style de destructeur patenté avec de terribles enchaînements face-corps du gauche, une droite lourde comme Vincent Lagaf’ en fin de banquet et une capacité incomparable à cisailler les foies.

Le combat est magnifique sur le papier. Et il tient ses promesses. Taylor domine grâce à son jab, il accepte même les échanges et mène logiquement aux points à l’appel du 12e round. Chavez a cependant mené son habituel travail de sape et scoré les coups les plus durs, mais il lui faut désormais un KO pour préserver sa série d’invincibilité. Taylor est très marqué en commençant le round, il évite l’accélération désordonnée de Chavez, et ce jusqu’à 25 secondes de la fin. Chavez le touche alors d’une droite, et enchaîne mécaniquement. Taylor tombe à 15 secondes du dernier coup de gong. L’arbitre Richard Steele le compte, il se relève péniblement, Steele demande une fois, deux fois s’il va bien, et face à l’absence de réponse articulée et la fixité de son regard, il arrête le combat… à 2 secondes de la fin. Evidemment qu’il en aurait fallu à Chavez pour revenir finir le job depuis son coin.

Voici un highlight du combat :

Voici également l’épisode de l’excellente émission de HBO « Legendary Nights » consacré au combat :

Après coup, Steele avoue qu’il n’avait pas connaissance précise du chrono, mais qu’il a jugé en son âme et conscience, et fait un choix que les règles semblent corroborer. Les fans de Taylor crient à la machination ourdie par Don King, promoteur de Chavez. Le ring doctor commente : « Taylor avait un trauma facial, il urinait du sang pur, son visage était grotesquement tuméfié… ce gamin avait le visage, le corps, et le cerveau éclatés. »

Tels sont les ingrédients de l’un des dilemmes les plus ardus à trancher de l’histoire d’un sport qui n’en manque pas. Personnellement, je dirais que la décision était justifiée, au nom de tous ceux qui furent arrêtés trop tard.

La suite pour Chavez, ce sera une glorieuse série de victoires poursuivie jusqu’à un nul objectivement volé face au grand Pernell Whitaker, puis une surprenante première défaite en carrière contre Frankie Randall (alcoolique mais talentueux, battu ensuite par le français Khalid Rahilou), des défaites sans discussion contre Oscar De la Hoya et Kosta Tszyu et une retraite avec le palmarès éloquent de 107 victoires, 6 défaites et 2 nuls.

Taylor, lui, déjà entamé par cette défaite, prendra une ceinture mondiale en welters avant de se faire punir en super-welters par un certain Terry Norris. Il finira sa carrière à 38 victoires et 8 défaites, en ayant probablement boxé une quinzaine de fois de trop (dont une revanche nettement perdue contre Chavez en 94). Son élocution d’aujourd’hui est plus ou moins claire, et il a publié en 2009 une autobiographie intitulée « A deux secondes de la gloire ».

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